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20090307FR.html

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07/03/2009

PIP et PUL, la trouille des patrouilles

Stefano Benni
Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli

Un peu pour occulter d’autres désastres, un peu parce que la peur est le dernier facteur de cohésion du pays, l’Italie a vu naître un irrépressible besoin de volontaires pour assurer sa sécurité. Tous ceux qui ont peur d’autres communautés, groupes ethniques, civilisations extraterrestres, voisins d’en face et copropriétaires hostiles, ont le droit de former leur patrouille d’autodéfense que nous appellerons PAG, patrouille gouvernementale.

En ce qui me concerne, j’ai peur de notre leader paranoïaque, dépressif et agressif, et de ceux qui sont contaminés par sa paranoïa et son agressivité. Avec un groupe d’amis, nous avons donc constitué les PAB, patrouilles antiberlusconiennes, qui se promèneront dans la ville pour empêcher les fans de Silvio de reproduire les méfaits de leur chef, mais aussi pour les protéger, vu qu’ils ne jouissent pas de l’immunité parlementaire ou de lois à usage personnel.

Extrémisme infantile. Evidemment, la création des PAB ne plaira pas au paranoïaque et à ses fidèles, qui y verront une réédition du stalinisme, du terrorisme de gauche et des Gardes rouges. Ils trouveront naturel de créer les Papab, patrouilles antipatrouilles PAB, qui surveilleront le territoire et les activités des PAB. A ce moment-là, l’opposition du PD (Parti démocrate) aura peur de l’éventuel néofascisme des PAG et des Papab, et de l’extrémisme infantile des PAB. Comme elle a besoin de retrouver la confiance des électeurs, ils constitueront un réseau capillaire de Pesol, patrouilles équitables et solidaires, qui devront empêcher les excès des PAG, des PAB et des Papab. Mais la Ligue se méfiera sûrement d’une situation dans laquelle les PAG et les Papab affronteront en nombre égal les PAB et les Pesol. Elle devra donc mobiliser ses électeurs en formant les Papen, patrouilles padanes des Etats du Nord.

Mais les PAG et les Papen risquent de donner une image trop grossière du pays, en exhibant des matraques inélégantes et des uniformes menaçants. Le démocrate-chrétien Casini formera donc les PDGC, patrouilles des gens cool, formées de citoyens élégants et davantage portés à l’évangélisation qu’à la castagne.

Style. Sans aucun doute, Valentino et Armani créeront les PAV, patrouilles antivulgarité, constituées de mannequins des deux sexes qui défileront par trois, avec une démarche chaloupée, affichant le style inégalable de la haute couture italienne. A ce moment-là surgiront les Prev, patrouilles des retourneurs de veste comme Clemente Mastella, qui se promèneront en zigzaguant dans les rues, de gauche à droite. L’extrême gauche ne sera pas en reste et nous verrons naître les PUL, patrouilles urbaines léninistes, les PGC, patrouilles de la gauche critique, et les PCLPPC, patrouilles de contrôle de la ligne politique des patrouilles communistes.

De l’autre bord arriveront les PDN, patrouilles de la droite nationale, celles des loges secrètes maçonniques – qui sillonneront les catacombes – et, évidemment, les PAH, patrouilles des amis de Hitler, car l’Italie est mûre pour ce type d’événement. Moins dangereuses, mais nécessaires, les PPC, patrouilles de propriétaires de chiens, qui devront regrouper leurs chiens en trois meutes, pour les protéger des rottweillers des patrouilles, et les fondamentalistes PRP, patrouilles régulatrices de patrouilles, dont la mission sera de réguler la circulation, extrêmement intense, de toutes ces patrouilles. Sur tout cela devra veiller la PIP, patrouille de surveillance des impôts sur les patrouilles ; celles-ci devront toutes posséder une licence, et verser une taxe. Sans compter que les camorristes et les mafieux les plus malins adopteront illico le style patrouille, en se promenant trois par trois et en distribuant conseils, sourires et drogue. En définitive, chaque ville mettra à disposition, sous forme de patrouilles, d’unité isolée ou de groupe plus consistant, 90 % de sa population masculine adulte, à laquelle s’ajouteront des patrouilles féminines et des patrouilles d’enfants, divisées en poussins et juniors.

Décor de western. Mais il existe encore une minorité de gens persuadés que l’Italie est un pays qui souffre, et non (comme ses leaders en rêvent) un décor de western, ou le parc d’attractions de Rambo. Des citoyens qui se demandent, par exemple, pourquoi ils paient des impôts pour avoir une police et des carabiniers. Si ces citoyens ont vraiment envie de vivre sans considérer chacun comme un ennemi, ils sont priés de contacter le siège de la PSP, patrouille des sans-patrouille, qui les regroupera en patrouilles. Les frais d’entretien des armes et le nettoyage de l’uniforme sont à la charge du contribuable.

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