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Chroniques 15 nov. 6h51

Forza Obama

Stefano Benni
Forza Obama

En Italie, tout le monde s’est découvert fanatique d’Obama. Des gens qui, voilà à peine quelques mois, se moquaient de «l’ambitieux sans scrupules de l’Illinois» ont l’effronterie de dire, maintenant, qu’ils l’avaient toujours préféré à McCain. Silvio, le roi des menteurs, est évidemment en tête des transformistes. Le mois dernier, il s’est rendu aux Etats-Unis pour définir Bush comme «le plus grand président de l’histoire moderne» et lui a fait toutes sortes de salamalecs. Il a désormais lâché son vieil allié et affirme que l’amitié entre les Etats-Unis et l’Italie ne pourra que croître. Dit par lui, qui porte des talons de dix centimètres, on peut le croire sur parole. Autre personnage grandiose, notre ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui ressemble à un mannequin d’Armani, en moins expressif. Il affirme qu’Obama est totalement en accord avec le programme de Forza Italia. En effet, Obama approuverait sûrement les alliés de Silvio, les racistes de la Ligue du nord.

Très au nord. Au début, la Ligue est restée silencieuse. Puis, on lui a expliqué qu’Obama était un sénateur de l’Illinois, et que l’Illinois se trouve au nord des Etats-Unis, très au nord des culs-terreux texans républicains, ce qui l’a consolée.

Les journalistes pro-Berlusconi étaient prêts à adorer aussi bien McCain qu’Obama. Dès l’annonce des résultats partiels, qui donnaient McCain vainqueur dans l’Ohio, l’équipe Mediaset a endossé le maillot républicain. Puis, lorsqu’on a appris qu’Obama l’emportait en Virginie, tout le monde l’a enlevé. Pendant qu’Obama passait en tête, certains ont essayé de dire que l’Alaska est plus important que la Californie, parce qu’il y fait froid, et que là-bas, aller voter est un acte de courage. Enfin, quand la victoire d’Obama a été certaine, ils ont entonné le gospel de la célébration.

Seule la droite d’Allianza nazionale a émis un autre son de cloche. Gianfranco Fini, le président de la Chambre, s’est dit enthousiaste. Son collègue Gasparri, ennemi de la démocratie tout autant que de la syntaxe, a déblatéré contre Al-Qaeda, qui sera sûrement contente de la victoire d’Obama. Il a sans doute de bons contacts avec eux, pour être si bien informé…

La gauche parlementaire, obamiste de longue date, a jubilé. Walter Veltroni, son leader, a affirmé qu’Obama changera le monde. Il est des nôtres ! a-t-il proclamé. Dans ce cas, il aurait pu le proposer comme candidat en Italie, vu qu’il perd une élection après l’autre.

Les plus heureux ont été les immigrés. Pour eux, ça a vraiment été une grande nuit. On a vu défiler un groupe portant le maillot de la Roma, le drapeau américain et des chapeaux jamaïcains. C’était des Camerounais. A Rome, les Américains ont suivi la nuit des élections devant les écrans géants des cafés. Les musiciens de rue du Trastevere, qui ne brillent pas par la variété de leur répertoire, continuaient à marteler O sole mio ou Volare. Un seul s’est audacieusement mis au goût du jour avec White Christmas. Les Américains, pleins de bonne volonté, l’ont chanté en chœur. Jusqu’à une heure du matin, des hymnes et des cris de joie ont retenti. Puis, les partisans de McCain se sont consolés en buvant du whisky et de la bière, et ceux d’Obama ont festoyé avec de la bière et du whisky. A l’aube, une équipe obamiste a dû payer une addition de 2 000 euros.

Supergaffeur. A présent, l’effet Obama est un peu retombé et tout le monde attend dans le calme. Sauf, naturellement, notre supergaffeur Berlusconi, qui a déclaré que le nouveau président était «jeune, beau et bronzé». Il aurait pu s’en tenir là. Au lieu de quoi, il a traité les gens d’imbéciles parce qu’ils n’avaient pas compris que c’était de l’humour. Or, l’ironie et l’humour sont le fruit de l’intelligence et de l’esprit critique, et Berlusconi ne possède aucune de ces facultés. Il croit être un humoriste parce que ses cireurs de bottes rient de ses sorties, et parce que sur ses chaînes de télévision règnent les rires préenregistrés. Mais Berlusconi ne fait que des sorties éculées et rebattues, pas de l’humour. Celui-ci fait cruellement défaut à presque toute la classe politique italienne.

En outre, quelqu’un a souligné que dans la phrase de Berlusconi, il y a une pointe de jalousie : car évidemment, il n’arrivera jamais à faire comme Obama, à gagner une élection sans posséder une dizaine de chaînes. Il n’arrivera même pas à être un McCain. Son référent culturel, aux Etats-Unis, est Buffalo Bill. Quant à Carla Bruni, on comprend son malaise. Le gouvernement italien a enrôlé deux ou trois jolies femmes presque aussi arrivistes et incompétentes que leurs collègues masculins. Il n’y avait pas une petite place pour Carla ?

Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli

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